QUE JUSTICE SOIT NOTRE

Alix benezechPour donner envie de voir ce très beau film, rien de mieux que la parole de la co-réalisatrice, également actrice dz ce thriller.

"J'ai souhaité dans ce film apporter mon regard et ma jeune expérience de femme sur un sujet délicat qui nous touche toutes et tous aujourd'hui. La violence faite aux femmes est encore tristement d'actualité. 

Je n'ai pas voulu appuyer l'aspect engagé déjà très présent dans la plume et le propos de Jean-Pierre Delépine. J'ai souhaité respecter son point de vue de cinéaste que je connaissais déjà grâce à notre expérience commune sur Article 23, tout en y apportant un regard neuf.

J'ai voulu raconter l'histoire d'une jeune fille qui se trouve du côté de l'engagement, de l'aide, du bien, et qui peu à peu, par des circonstances dramatiques et parce qu'elle se trouve seule à se battre, va sombrer dans le mal absolu.
Ce que j'ai trouvé intéressant c'est cette tragédie familiale inscrite dans la société d'aujourd'hui, une société qui n'a pas toujours les outils pour aider une personne démunie. Une société qui parfois permet la violence parce qu'elle ne sait pas la stopper.

J'ai voulu un propos visuel simple. Que le spectateur soit un témoin direct de ce qui se passe sous ses yeux.

Le jeu des acteurs est au plus près du réel tout en apportant un mystère qui est présent dans la vie. A chaque instant, le spectateur pourra se faire son propre avis, son propre jugement. Je n'ai pas voulu de manichéisme les hommes comme les femmes sont tour à tour les victimes et les bourreaux. Il y a une violence plus sourde, plus pernicieuse qui les conditionne tous. Les voix off que j'ai souhaité ajouter pour apporter des informations au spectateur à la manière d'un témoignage, donnent peu à peu des éléments d'éclairage sur le personnage d'Aline qui, tout en étant central, se trouve souvent en marge, comme pris dans un rouage dramatique qui le dépasse.

 

Il y a là comme un déterminisme social et familial plus fort que tout. Toutes les actions du personnage ne parviennent pas à contrer ce qui est déjà inscrit au départ.

J'ai beaucoup pensé au film 2h37 de Murali K. Tharulli qui m'avait beaucoup marqué. C'est un film qui parle du malaise de la jeunesse. Un jeune se suicide et on apprend à la fin, après plusieurs témoignages de lycéens, que c'est la fille dont on n'a pas entendu la voix qui est morte.


Visuel que justice soit no tre 02Ici dans Que Justice Soit Nôtre, Aline agit mais n'exprime jamais son mal être, sa souffrance. Seule la voix off nous en donne quelques indices. Elle ne suicide pas concrètement mais le sacrifice corporel puis judiciaire qu'elle effectue est une forme de suicide social. J'ai voulu montrer que la victime n'est pas toujours là où on croit, et c'est le cas pour chacun des personnages.

Ce film est une réflexion au sens optique de ce qu'on peut observer aujourd'hui, de ce que j'ai pu vivre moi-même toute proportion gardée car ce n'est pas une histoire autobiographique."

Alix Benezech Actrice et Co-réalisatrice du film

Date de dernière mise à jour : 25/02/2016