Carmaux.info : A Albi, sur la place du Vigan, ce matin, une centaine de personnes ont exprimé leur soutien au peuple grec .. c’est à la fois beaucoup et peu 
 
Maud FORGEOT : Nous sommes en plein mois de juillet, particulièrement généreux en chaleur. La mobilisation est plus difficile en cette période, donc la mobilisation de ce matin faisait plaisir à voir…Bien sûr, j’aurais préféré une place du Vigan noire de monde, mais on en est loin. La résignation qui gagne un peu partout, même dans le milieu militant, n’amène pas les gens à être présents alors qu’ils soutiennent les causes défendues. Par contre, on peut souligner que toutes les forces politiques de gauche du Tarn étaient présentes 
Carmaux.info : Vous avez exprimé le point de vue de votre organisation ? 
 
Maud FORGEOT : Non .. Je vous arrête tout de suite. Mon discours était une lecture d’un appel signé par EELV et 3 organisations du Front de Gauche : Le Parti de Gauche, Ensemble ! et le Parti Communiste. Le N.P. A.  a également lancé un appel pour soutenir ce rassemblement. 
 
Maud 01
Carmaux.info : Vous faîtes tous la même analyse de la situation en Grèce ?
 
Maud FORGEOT : Tout appel est un compromis entre les organisations qui ont des analyses différentes. Si nous faisions tous la même analyse, nous ne serions qu’un seul parti. Ce n’est pas le cas, comme vous venez de le constater. Cependant, pour différentes qu’elles soient, nos analyses convergent vers un même but : le soutien au peuple grec qui souffre d’une austérité provoquée par une dette « impossible à rembourser » comme en conviennent beaucoup d'économistes.
 
Carmaux.info : Vous commencez votre discours en exprimant votre refus de l’accord signé par Alexis TSIPRAS. N’y-a-t-il pas une contradiction ?
 
Maud FORGEOT : le peuple grec s’est exprimé massivement, il y a quelques jours, pour refuser cet accord. Nous attendions des gouvernants européens qu’ils tiennent compte de cette expression démocratique. Au contraire, ils se sont rangés derrière les dirigeants européens, notamment Mme MERKEL, son ministre des finances, M SCHAUBLE . A qui une partie de la représentation allemande ( les Verts et Die Linke) demande des comptes.
Alexis TSIPRAS et son gouvernement ont décidé de mettre en place ce plan après que tous, dont HOLLANDE, les aient lâchés. Ce n’était pas une négociation mais un ultimatum, avec comme argument du côté de l'eurogroupe  la sortie de la Grèce de la zone euro, situation que pour l’instant, le peuple grec ne souhaite pas. 
 
Carmaux.info : Alexis Tsipras a laissé entendre son scepticisme sur cet accord.
 
Maud FORGEOT : C’est plus que du scepticisme ! Ils y sont opposés et n’imaginent pas un seul instant que le nouveau plan puisse réussir. Pire, ils sont convaincus qu’appliquer ainsi, il augmentera l’austérité et aggravera le malheur du peuple grec. Mais gouverner, c’est tenir compte des possibilités et des forces politiques en présence, notamment en Europe .. Et pour l’instant, je le répète, le gouvernement grec est seul à se battre contre tous. Il regarde du côté des autres pays. Si la France portait à sa tête un gouvernement à l’image de Syriza, alors, les négociations prendraient une autre tournure. 
Carmaux.info : A terme, cela pourrait être reproché à TSIPRAS de s’être soumis au diktat européen.
 
Maud FORGEOT : Je suis une citoyenne engagée dans la politique, notamment pour éviter que le peuple français ne subisse les mêmes errements austéritaires. Je ne lis pas l’avenir dans le marc de café. C’est aux Grecs de décider et d’apprécier ou non la stratégie de leur gouvernement. Il appartient aux forces de gauche de France d’observer la stratégie, de l’analyser et de comprendre à quelle brutalité politique sont prêts ceux d’en face. Et si possible de mettre en place le contre-feu démocratique. 
 
Carmaux.info : Qu’appelez vous un contre feu démocratique ? 
 
Maud FORGEOT : Ce qu’aura décidé le peuple de France ne pourra être remis en cause par quelques banquiers, assistés de quelques technocrates auxquels se soumettront les gouvernements mal élus. Nous avons bonne mémoire avec le référendum de 2005, le choix du peuple n’a pas été respecté. Le traité déguisé puis les autres qui ont suivi sont passés par voie parlementaire, où la majorité de nos élus se sont accommodés de cette pratique. Nous ne devons pas l’oublier, ce ne doit plus être possible.
Maud 02Carmaux.info : Comment ? Nous avons tous constaté la montée de l’abstentionnisme et du vote de rejet … cela suppose de les contrer …Personne n’imagine « Les Républicains » et le P "S" revenir soudain à la démocratie (souvenir douloureux de 2005).
 
 Maud FORGEOT : Il nous faut convaincre nos compatriotes que la politique est l’expression de la citoyenneté. Nous discutons actuellement, sur notre région notamment, d’un rassemblement des forces sociales et écologiques portant la parole des citoyen-ne-s, autonome des organisations qui ont renoncé à l’audace de gauche. Le P »S » s’est définitivement rallié aux forces de l’argent et à la continuité de l’ordre établi. Ca laisse les terribles traces abstentionnistes dans le peuple. Chaque organisation de la gauche alternative a à la fois raison et tort. Raison de porter des idées originales, tort de les croire indépassables. Ou nous faisons un score , rassemblés sur un contrat mandaté par les assemblées citoyennes ou soumis à leur appréciation, nous rendant incontournables,  ou nous servons, isolés, de faire valoir à une politique honnie .
 
Carmaux.info : N’est ce pas ce qui vient de se produire en Grèce ?
 
Maud FORGEOT : Le gouvernement TSIPRAS a hérité d’un pays à bout de souffle, sans argent et devant faire face à une crise humanitaire. Avec ses premières mesures, il a fait reculer le chômage, rétabli des emplois et relancé l’économie. Il arrive même à dégager des excédents budgétaires ! C’est cela qui irrite les créanciers. La politique de TSIPRAS peut fonctionner. La théorie fumeuse des austéritaires européens est démontée . Ils ont la rage. Ils veulent récupérer tous ces excédents, tout de suite, alors que le gouvernement de TSIPRAS veut d‘abord rendre un minimum social à son peuple. Sommes nous dans cette situation en France ? A l’évidence non !   Par contre, ce serait dommage d’être obligé d’en arriver à la situation de la Grèce pour prendre conscience qu’un autre projet de société est possible. Pour peu que les citoyens se donnent les moyens de rechercher la cohérence des idées en ne mettant pas tout le monde dans le même panier, de participer à l’élaboration au projet, de mettre en place un code éthique de l’élu et de l’interaction citoyen/élus une fois les élections passées, alors on peut envisager que la politique se fasse autrement, et que le taux d’abstention baisse. 
Carmaux.info : Comme la Grèce, la France, L’Espagne, et l’Italie ont des dettes. François HOLLANDE disait, dans son interview du 14 juillet que la France n’est pas menacée parce que son gouvernement a eu « l’audace » ( il s’auto intitule « président audacieux ») de détruire les lois du travail ( lois MACRON) avant que Mme MERKEL ne lui fasse les gros yeux …
 
Maud FORGEOT : Si c’est être audacieux que de donner aux créanciers tous les bénéfices des efforts faits par les Français-es pendant 50 ans pour vivre « des jours heureux », alors nous n’avons pas la même définition de l’audace ! Cet homme est pourtant instruit et prétendre confondre « audace » et « soumission » fait de lui un voyou politique. Ces méthodes politiques sont dépassées, en tout cas, pour ma génération. Se taper sur le ventre car on a évité la sortie de la Grèce alors que la contre partie est ultra sévère pour les Grecs et dénoncée comme telle par de nombreux économistes ( par exemple, Krugman,  prix Nobel d’Economie), c’est vraiment loin de l’audace et du courage qui seront indispensables pour redonner un espoir au peuple, et le ramener aux urnes pour un nouveau projet de société. 
Maud 03Carmaux.info : Quelle eût été une position audacieuse du gouvernement français dans l’extorsion de fonds que subit le peuple grec ?
 
Maud FORGEOT : Rappeler avec ténacité que notre intérêt commun, Grecs, Français, Espagnols, Européens de toute nationalité est de pousser au changement dans toute l’Europe, de la libérer des forces libérales et des marchés financiers.
 
Carmaux.info : Avec quelles mesures ?
 
Maud FORGEOT : Que le déblocage des liquidités ait été fait sans nouvelles conditions d’appauvrissement du peuple grec ; qu’une partie de la dette soit annulée ( comme le dit le FMI) et une partie restructurée en étalant dans le temps les remboursements .
 
Carmaux.info : Nous allons terminer cette interview sur ce qui l’a motivée : la manifestation de soutien au peuple grec : les partis signataires ne sont pas tous sur la même position vis à vis de l’Europe. Patriotique, souverainiste, fédéraliste .. Comment pouvoir conjuguer ces intérêts pour le moins … divergents.
 
Maud FORGEOT : Tous sont internationalistes ! Tous veulent pousser vers une Europe  basée sur des valeurs de démocratie et de solidarité .. Avec un tel engagement, nous sommes capables de nous rassembler et de porter un projet commun qui devra être voulu et reconnu par le peuple pour que ça fonctionne.
 
Propos recueillis à l'issue de la manifestation, à la terrasse d'un café, tout en consommant des boissons fort désaltérantes.
fé